
En tête de la Promotion League après neuf journées et toujours invaincu, Yverdon-Sport a vu son élan stoppé net. Le championnat a été arrêté pour une durée indéterminée le 18 octobre. Une décision qui reste en travers de la gorge de Jean-Michel Aeby, l’entraîneur des Verts.
Rappel des faits: favori à la promotion, YS évoluerait déjà probablement en Challenge League si le championnat n’avait pas déjà été annulé le printemps dernier. Victimes des circonstances et de la suppression du système de promotion et de relégation entre l’antichambre de la Super League et la Promotion League, les dirigeants nord-vaudois étaient allés jusqu’au Tribunal Arbitral du Sport pour crier justice. Las pour eux, ils avaient été déboutés. C’est donc toujours dans la troisième catégorie du foot national que les pensionnaires du Stade Municipal s’ébrouent avec toujours une seule et même ambition: la promotion en Challenge League.
C’est un Jean-Michel Aeby remonté contre la décision des autorités fédérales de stopper toutes les compétitions et les entraînements dans tous les sports de contact pour les catégories amateurs, qui a répondu aux questions de Littoralfoot.ch.
L’entraîneur genevois d’Yverdon-Sport est aussi fâché contre les dirigeants du football suisse, et plus particulièrement ceux de la Première Ligue, coupables, selon lui, de laisser un flou total qui n’aide pas les équipes dans leur préparation hivernale.
Jean-Michel, l’objectif est la promotion à tout prix. C’est bien parti pour l’instant avec la première place provisoire avec 7 victoires et 2 nuls en 9 parties?
Oui, c’est clair. C’est ce qui était prévu. Je suis fier de mes hommes. Ce qu’ils veulent c’est monter. Ils se donnent à fond autant à l’entraînement que durant les parties. Et avec plaisir. De plus le groupe est très soudé. Je ne pourrais être que satisfait, si le championnat n’avait pas été stoppé, alors qu’à mon avis il n’aurait pas dû l’être.
Suite à cette décision du Conseil Fédéral d’interdire tous les sports de contacts (le football en fait partie) au niveau amateur, comment cela s’est il passé au niveau de votre équipe?
C’est clair qu’il a fallu s’adapter. Surtout que c’était la veille du match contre Breitenrain. Les joueurs ont dû recommencer à s’entrainer individuellement. Or ce n’est pas ça le football. C’est un sport collectif où l’on se prépare et qu’on joue en groupe, tous ensemble. Je ne vois pas l’intérêt de le faire chacun dans son coin. C’est débile.
Cette décision est une aberration. Pourquoi les pros peuvent-ils continuer à jouer et pas nous? Quand je dis «nous», je parle de tous les sportifs qui pratiquent leur discipline pour le plaisir à côté de leur boulot. Peu importent laquelle et le niveau. Faire du sport, surtout avec des amis, est important pour sa santé.
Pourquoi alors aussi les entreprises et les commerces, à quelques exceptions près, n’ont pas été fermés? Les gens, de par leurs activités professionnelles ou leurs achats, continuent à vivre quasiment normalement. Il n’y a pas plus de risque d’attraper d’attraper le Covid en courant après un ballon sur un terrain qu’en allant faire ses courses ou en allant au boulot. Surtout qu’il y a des mesures d’hygiène strictes qui ont été édictées par l’ASF lors de la reprise en mai-juin et qui ont toujours été bien respectées.
Nos dirigeants ont essayé de demander des explications aux autorités. En vain, à part répéter les décisions annoncées. Elles ne veulent rien faire de plus. Même pas se justifier. C’est le flou total. Elles se moquent de nous. Un point c’est tout. Le sport amateur a toujours été le parent pauvre en Suisse. C’est triste mais c’est comme ça, hélas.
Savez-vous quand le championnat pourra reprendre?
Non. Nous sommes dans la plus grande inconnue. Les dirigeants de la Première Ligue ne communiquent rien aux clubs. Les seules communications de leur part sont celles publiées sur le site football.ch, par l’intermédiaire duquel nous les apprenons. Selon ce que je sais, il y aurait trois versions envisagées. Le but étant pour toutes d’avoir des promus et des relégués:
La première est de reprendre à la fin février et de disputer tout le championnat, en commençant par rattraper les matches qui n’ont pas pu se disputer cet automne.
La deuxième, qui est la même que la première, à la différence que la saison se terminera plus tard, avec des semaines anglaises en plus et la suppression de finales d’ascension de 1re ligue, remplacées par le promotion des deux meilleures équipes des trois groupes confondus. Elle débuterait fin mars.
La troisième, avec début fin avril, est d’arrêter le championnat après 25 rencontres voire moins de parties si cela n’est pas possible. Le minimum serait de 15 en Promotion League, afin de valider le classement selon la décision prise par l’ASF à ce sujet en début de saison.
Quelle est l’ambiance est au sein de votre groupe?
Elle est excellente. Ceci indépendamment des bons résultats, même si ces derniers aident. Mes joueurs se voient hors du terrain et du vestiaire. Ils sortent régulièrement ensemble. C’est une belle bande de copains et ça fait plaisir. Ma longue expérience fait que je constate qu’il est important que les coéquipiers s’entendent au mieux. Et qu’ils doivent se rencontrer également une fois la partie ou l’entraînement terminés. C’est important pour la cohésion.
Photos: Hervé Nicolet/Jérôme Vinet.
Comment se passe votre collaboration avec votre assistant Amar Boumilat?
Super bien. C’est un plaisir de collaborer avec lui. Nous sommes complémentaires. Il apporte toute son expérience au groupe. Ceci toujours de manière dynamique avec le sourire. Tout le monde l’apprécie, et c’est tout à fait normal au vu de sa personnalité.
Et celle avec Mario Di Pietrantonio?
Excellente aussi. Mario est un passionné. Quand il a accédé à sa fonction, c’était pour redonner au club son lustre d’antan: il ne fait pas ça uniquement pour son prestige personnel ou pour un retour sur ses investissements financiers. Certes, en tant qu’homme d’affaires, il compte récupérer quelque chose. C’est normal. Mais avant tout, c’est un battant et un grand amoureux du sport qui veut rendre au club de sa jeunesse le prestige qu’il a perdu depuis une dizaine d’années, et qui désire revoir à nouveau beaucoup de spectateurs au Stade Municipal.
Comment va s’effectuer la préparation avant la reprise?
D’abord de manière individuelle, comme c’est le cas depuis l’arrêt forcé. Les joueurs reçoivent chaque semaine un programme afin de maintenir leur condition physique qu’ils doivent respecter. Il y aura juste une pause de deux semaines durant les Fêtes de fin d’années.
Mais ce que j’aimerais par-dessus tout, c’est que l’on puisse reprendre les entraînements collectifs. Et le plus rapidement possible. Et non pas par petits groupes comme au printemps passé mais, et je le répète, tous ensemble. Il n’y a que ce genre de préparation qui est possible dans les sports collectifs.
Votre contingent va-t’il subir des modifications à la reprise?
Ce n’est en tous cas pas prévu pour le moment. Nous sommes invaincus et, comme je l’ai déjà dit, il y a une super ambiance dans l’équipe. De plus, mon effectif est suffisamment étoffé. Donc, il n’y a aucune raison pour qu’il subisse des changements. Toutefois, il pourrait y en avoir. Mais rien n’est moins sûr. C’est prévu que nous discutions de cela de temps en temps avec Mario Di Pietrantonio et Serge Duperret (ndlr: le directeur sportif). Et avant cela, il faudrait que nous sachions déjà quand nous pourrons reprendre et quand aura lieu la période des transferts. Et ça nous ne le savons pas encore.
Vous réjouissez-vous d’occuper des infrastructures complètement rénovées?
Bien sûr. Et ceci, comme je l’ai déjà dit, le plus rapidement possible. Je n’ai pas encore pu découvrir les nouveaux vestiaires. J’étais invité ce mardi (ndlr: l’interview a été effectuée le 22 décembre) à l’inauguration du restaurant et de l’espace VIP. Ils sont tout simplement magnifiques. Et il paraît que le reste le sera également. En tout cas, un grand merci à toutes les personnes qui ont œuvré à ce qu’Yverdon-les-Bains ait enfin un stade moderne digne de ce nom.
